contribution à l'élaboration d'un manifeste anarchiste révolutionnaire

  Consultez cette page sur la nouvelle version du blog, ici !

 

CONTRIBUTION A L'ELABORATION

D'UN MANIFESTE ANARCHISTE-REVOLUTIONNAIRE

 

 

 

LE TRONC COMMUN

L'anarchisme, en général, se définit dans la perspective d'une libération maximum de l'homme des aliénations de toutes natures, politique, économique, culturelle, sexuelle, etc.. qui lui limitent la possibilité d'exprimer pleinement sa personnalité, entravent sa liberté de mouvement ou de pensée et, donc, font de lui, à des degrés variables, un être irresponsable, soumis à des "lois" diverses auxquelles il doit obéir, sans avoir eu la possibilité de participer à leur élaboration.

A partir de ce "tronc commun", l'anarchisme se développe en diverses branches qui vont de l'individualisme au communisme, de la pensée philosophique qui se projette dans un avenir lointain, à l'action révolutionnaire qui plonge dans le présent immédiat. En s'éloignant du tronc commun, ces expressions différentes de l'anarchisme atteignent un seuil de divergence à partir duquel elles deviennent, non pas ennemies, mais antagoniques.

Loin de cette base philosophique commune, dans les développements pratiques et théoriques, il n'y a plus rien de commun entre l'anarchisme conçu dans une optique stirnérienne et celui dont Michel Bakounine se fit le propagandiste passionné. Le constater n'est pas faire oeuvre de sectarisme, mais de réalisme. Et cette réalité explique pourquoi toute tentative de synthèse, dont se fit notamment l'apôtre Sébastien Faure, est inévitablement vouée à l'échec - ce qui ne serait pas grave si cet échec se limitait à faire la démonstration d'une impossibilité. Mais il y a plus grave: la vaine recherche d'une formule magique, sorte de pierre philosophale de l'anarchisme, à la poursuite de laquelle certains camarades -dont je ne mets nullement en question la bonne foi et la sincérité - s'acharnent avec la même persévérance que jadis les alchimistes, a pour conséquence de vitaliser l'anarchisme, .de le retrancher de la réalité vivante, de le rejeter hors de ce creuset d'où jaillissent les heures successives qui font l'Histoire.

Puisant dans le tronc commun, l'anarchisme-révolutionnaire est une affirmation de l'Homme considéré sans sa personnalité vivante comme une unité à nulle autre identique parmi celles qui composent la communauté au sein de laquelle il vit. Notre est donc d'apporter à cet homme une libération maximum -car le sens de la vie ne saurait être recherché ailleurs que dans la liberté.

 

Mais l'anarchisme-révolutionnaire se distingue sans équivoque des autres branche sur deux points essentiels:

- Affirmant la primauté de l' Homme, il proclame la nécessité de la société hors de laquelle il ne peut vivre et sans laquelle il ne peut pas se libérer : la libération de l'unité sociale passe par celle de l'ensemble, ainsi que l'a démontré Bakounine. Par cette volonté de libération, individuelle et collective, s'affirme sans équivoque notre filiation anarchiste.

- L' anarchisme-révolutionnaire est une philosophie en mouvement dans le temps même où elle s'exprime, c'est-à-dire dans le présent. C'est pourquoi il refuse de se confondre avec une certaine philosophie limitée à des dissertations académiques qui ont rejeté l'anarchisme hors du temps et de la réalité du monde. Par cette volonté d'être présent et d'intervenir dans l'Histoire s'affirme notre aspect révolutionnaire.

 

L'IDEOLOGIE

Partant du "tronc commun" dont il vient d'être question, l'anarchisme-révolutionnaire affirme donc sa spécificité qui le distingue sans ambiguïté de ce que j'appellerai, non pas les tendances, mais les autres branches ou courants de l'anarchisme.

 

Repoussant toute référence à l'individualisme, devons-nous nous qualifier de socialistes ou de communistes, de syndicalistes ou de coopératistes, de collectivistes ou de mutuellistes ?

 

A mon avis, toutes ces définitions sont, non pas inutiles, mais sans importance par rapport à l'organisation que nous voulons bâtir. En effet, en accolant au terme anarchiste celui de révolutionnaire, nous nous distinguons radicalement des conceptions proprement divergentes, individualistes ou inactuelles, purement philosophiques ou exclusivement non violentes.

 

Dès lors, nous sommes nécessairement socialistes, dans la signification la plus large de ce terme - qui peut s'exprimer par des tendances diverses, mais nullement antagoniques: comment, en effet, pourrait-on dresser dans une opposition irréductible le socialisme contre le communisme, le syndicat contre la coopérative, la mutualité contre la collectivité? Ce sont là des nuances qui se complètent plutôt qu'elles ne s'opposent. C'est pourquoi, tout à l'heure, parlant des courants divergents de l'anarchisme, je les ai appelés "branches" issues d'un tronc commun et non tendances, réservant ce terme aux expressions particulières d'une même ligne idéologique, cette diversité, qui exclut la divergence et l'antagonisme, étant la conséquence naturelle d'une organisation qui refuse le monolithisme.

 

Ce partage, qui ne saurait diviser les anarchistes révolutionnaires en diverses tendances peut s'expliquer pour trois raisons différentes:

- Un choix sentimental: c'est le cas d'un certain nombre de camarades fidèles aux traditions et aux épopées du syndicalisme-révolutionnaire français ou du communisme-libertaire espagnol.

- Un choix tactique: certains camarades estiment que le syndicalisme est l'outil le plus efficace pour promouvoir la révolution, alors que d'autres jugent plus aptes d'autres organismes, tels que Comités d'Action, Conseils Ouvriers, Soviets, etc.

- Un choix ethnique: il est évident que certains peuples ont des dispositions innées pour adopter des formes sociales plus collectivisées que d'autres peuples. Ce qui veut dire qu'il n'y aura pas un modèle unique de société anarchiste, mais au contraire une grande diversité, chaque ethnie s'organisant librement selon ses goûts, ses tendances, ses traditions, etc.

Mais, quels que soient les préférences personnelles ou les choix particuliers, tous les anarchistes-révolutionnaires se retrouveront unanimes sur un certain nombre de données essentielles, qui constituent la base de leur idéologie:

- Refuser l'isolement philosophique et aller vers la masse -vers le peuple. Notre propagande ne se limitera pas à des discussions académiques et ne s'adressera pas exclusivement à des esprits "cultivés", mais se fera sur la place publique et s'adressera à tous - au plus grand nombre. Notre objectif ne sera pas de créer un parti de masse, mais d'être présent, partout et toujours, au sein de la masse pour l'orienter dans un sens anarchiste.

- Cette première prise de position en entraîne une seconde: celle d'une action immédiate par notre présence effective dans tous les mouvements populaires. Quand le peuple bouge, que ce soit à l'usine ou dans la rue, les anarchistes et l'organisation doivent être présents pour neutraliser l'influence des partis politiques, propager nos propres mots d'ordre et, si possible, orienter les mouvements populaires dans une direction anarchiste.

- Quelles que soient nos préférences personnelles pour une société plus ou moins socialiste, communiste, syndicaliste, coopératiste, mutualiste, etc., nous affirmons clairement et unanimement notre volonté d'instaurer à travers des structures sociales qui pourront varier, une égalité économique totale, une répartition égalitaire (et, là encore, les modalités peuvent varier) entre tous, aussi bien des produits que du travail nécessaire à leur production.

- Quelles que soient les modalités différentes des structures sociales, celles-ci reposeront toujours sur une participation effective de l'ensemble de la communauté à la gestion de la société. Et cela à tous les niveaux: de la commune à la nation ou l'internation ; dans tous les domaines: de la production industrielle à la production artistique; etc...

 

Cette autogestion ou gestion directe de la communauté par elle-même, ce retour du "gouvernement" du sommet à la base, du centre à la périphérie ou, si l'on préfère la vieille formule "l'administration des choses remplaçant le gouvernement des hommes", exige pour se réaliser:

- L'abolition de la propriété des moyens de production et de distribution et leur transfert à la collectivité qui en aura, non pas la propriété, mais la gérance à travers les successives générations.

- Un fédéralisme effectif impliquant une réelle autonomie des diverses unités de bases, géographique, ethnique, économique, sociale, culturelle, etc., mais aussi la pratique d'une solidarité étroite qui devra interdire tout repli sur soi. L'anarchisme-révolutionnaire doit formellement condamner l'individualisme, même lorsqu'il s'élève à la dimension collective d'un groupe.

- Nous considérons que de tels buts ne pourront être atteints que par une transformation révolutionnaire de la société actuelle. Nous n'écartons donc pas la violence de nos moyens, mais nous repousserons la provocation et le terrorisme dans leurs manifestations primitives et aveugles.

 

Les anarchistes-révolutionnaires n'oublieront jamais que leur objectif final n'est pas de détruire, mais de construire; que leur raison d'être n'est pas d'aider à une quelconque révolution liberticide, mais de frayer le chemin à une révolution libératrice - c'est-à-dire anarchiste.

 

L'ORGANISATION

L'organisation, non pas invertébrée, mais dotée des structures nécessaires, est indispensable pour permettre une présence réelle, une action positive et une propagande fructueuse.

 

Il y a deux ans, en mai-juin 68, nous avons durement payé quinze années d'absence et de vide organisationnel. Les incessantes activités de quelques camarades et de quelques groupes, n'ont pu combler ce vide, et, alors que Paris se couvrait de drapeaux noirs, nous sommes passés à travers ces événements, ainsi que je l'écrivais récemment à un camarade de province, "comme un ectoplasme à travers le brouillard", c'est-à-dire sans en tirer le bénéfice qu'y ont puisé d'autres formations gauchistes.

Si nous avions eu à cette époque une organisation valable, telle par exemple la première F.A. constituée après la guerre de 39-45, avec ses structures et son journal hebdomadaire. il y aurait aujourd'hui en France plus de deux cents groupes organisés, une presse au tirage multiplié, des éditions de brochures, bref un mouvement anarchiste nombreux, fort, cohérent, qui pourrait faire entendre sa voix dans ce pays. Et, détail paradoxal, mais vrai: les individualistes, les "en-dehors", qui s'acharnent à paralyser ou à vitupérer toute tentative organisationnelle, y trouveraient eux-mêmes leur compte, car ils bénéficieraient inévitablement de l'intensification et du développement de l'influence anarchiste.

 

Ainsi. une fois de plus, la "maladie infantile" de l'anarchisme - son inorganisation - aura laissé le mouvement sans réaction au sein de circonstances éminemment favorables comme il s'en produit peu au cours d'un siècle. Les efforts méritoires de quelques camarades et de quelques groupes n'auront guère eu d'autres résultats que de tirer les marrons du feu pour les autres.

 

Que ceci puisse au moins servir de leçon et inciter les camarades conscients de ce fait à construire au plus vite une organisation anarchiste valable qui, seule, permettra à notre mouvement de retrouver sa vitalité et de progresser.

 

Que devra être une telle organisation? Il est bien évident qu'il n'a jamais été dans notre esprit de la considérer comme un but en soi, ni comme la panacée qui guérirait miraculeusement l'anarchisme de son anémie: l'organisation n'est et ne doit être qu'un outil de travail. Mais cet outil est indispensable. Prétendre qu'une propagande profitable est possible sans organisation équivaut à vouloir percer un trou dans un mur à l'aide de ses seules mains nues.

 

L'organisation du mouvement, comme celui de la société, peut revêtir des formes variées en fonction des lieux, du temps. des coutumes. Mais il existera certains éléments essentiels de base, en l'absence desquels l'organisation n'est plus que nominale, un décor de théâtre derrière lequel on ne trouve que le vide.

Ces éléments essentiels découlent de deux faits qui commandent la vie d'une organisation libertaire, à savoir:

- que toutes les décisions doivent être prises à un niveau collectif.

- que ces décisions doivent être prises par l'ensemble des militants.

Sans décisions prises au niveau de la collectivité, il peut y avoir un rassemblement plus ou moins consistant ou inconsistant d'individus et de groupes, mais il n'y a pas d'organisation, en ce que celle-ci a précisément pour objet d'établir et de régler les mécanismes qui régissent l'ensemble de la communauté. Aucun mouvement ne peut avoir une présence effective, aucune société ne peut avoir une existence durable si ne sont pas prises des décisions communes. Ceci illustre le premier fait.

 

Mais les décisions doivent être prises, non au sommet, mais à la base, non au centre, mais à la périphérie. Or, l'organisation couvrant une vaste étendue géographique. il est évidemment impossible de réunir tous les groupes en permanence pour prendre au jour le jour les décisions nécessaires. Il faut donc avoir recours à des délégués, qui se réunissent en congrès annuel, définissent les grandes lignes de la propagande et nomment un comité chargé d'exécuter et de coordonner sur le plan national les décisions adoptées. Cette émanation directe de la base illustre le second fait.

 

De cette double constatation découle logiquement que l'un des éléments essentiels sera la souveraineté du Congrès. Cela est à la fois évident et indispensable. Si les décisions intéressant l'ensemble du mouvement ne sont pas prises dans les Congrès, elles ne peuvent être prises nulle part ailleurs. Ou, plutôt, chaque groupe, chaque individu agissent en ordre dispersé: il n'y a pas d'organisation. Il ne faut donc pas confondre Congrès et Colloque, car ils ont une vocation totalement différente: le premier se réunit pour prendre des décisions, le second pour confronter des thèses diverses ou divergentes. Ils ont, l'un et l'autre, leur utilité - à condition de ne pas les confondre.

 

Les décisions adoptées et les responsables nommés aux différents organismes le seront à la majorité des voix des délégués mandatés par les groupes, l'unanimité, toujours souhaitable, n'étant que rarement possible. La minorité ne sera pas contrainte d'appliquer les décisions prises par la majorité, mais devra faire l'effort d'autodiscipline nécessaire pour ne pas porter préjudice à l'expression publique de la propagande définie par le Congrès.

 

Mais les militants veilleront avec un soin attentif à ce que les organismes exécutifs et de coordination élus ne se transforment pas en appareils de direction, en bureaucratie inamovible. Pour cela, il faudra réaliser:

- un contrôle permanent de la base.

- une rotation fréquente des responsables.

Enfin, une organisation ne peut avoir de vie réelle et se livrer à une propagande sérieuse que si elle dispose de moyens financiers suffisants: il faudra donc adopter le principe d'une cotisation élevée et proportionnelle aux gains des militants.

 

LA PROPAGANDE

La propagande d'une organisation anarchiste-révolutionnaire devra: avoir un caractère, non pas individuel, mais collectif et ne pas s'adresser à quelques-uns, mais à tous; frayer les voies à une transformation révolutionnaire de la société; conserver à tous moments son caractère spécifiquement anarchiste.

 

La transformation radicale des structures sociales ne peut résulter que d'une action révolutionnaire des masses : les minorités révolutionnaires ne sont effectivement agissantes que dans la mesure où elles se meuvent dans un milieu favorable. La propagande devra donc s'adresser aux masses et non à certains individus, à certaines catégories. Une propagande anarchiste qui ne s'adresse qu'à certains individus ou à certaines catégories sociales considérées comme "réceptibles" aux idées libertaires a pour résultat de former des "élites" qui, le moment venu, s'insèrent naturellement dans la classe dirigeante. Si, parvenus à des postes de direction, ces individus et ces catégories n'ont pas complètement oublié leur "éducation" libertaire (cela arrive), ils tenteront, honnêtement, d'infléchir "d'en haut" les événements sur lesquels ils peuvent avoir une influence dans une direction libertaire : ainsi s'ouvre la voie réformiste, qu'elle soit affirmée ou sous-entendue.

 

On a parfaitement le droit, étant idéalement anarchiste, d'estimer une révolution anarchiste pratiquement irréalisable dans les temps que nous vivons et, par conséquent, de lutter pour "libertiser" le plus possible la société bourgeoise en évolution: c'est une attitude logique. Encore conviendrait-il à ces anarchistes de se définir clairement et de ne pas reprocher à d'autres, qui ont une appréciation différente des possibilités, de la faire en se qualifiant de révolutionnaires.

 

Toutes les sociétés à structures autoritaires sont fractionnées en classes, les unes exploiteuses et dirigeantes, les autres exploitées et dirigées. La lutte révolutionnaire prend donc nécessairement le caractère d'une lutte de classes. Cependant, l'anarchisme, contrairement au marxisme, s'il incorpore la lutte de classes, récuse la dictature de classe, la dictature du prolétariat. L'anarchisme propose à la classe ouvrière sa libération économique et politique, mais cette libération ne pourra venir en aucun cas d'une domination exercée sur la classe vaincue. L'expérience, maintenant historique, du marxisme est là pour le démontrer à l'évidence : prétendue dictature du prolétariat n'a eu pour résultat que d'installer de nouveaux maîtres au sommet de la pyramide. Au despotisme d'une Cour tsariste, émanation d'une caste aristocratique, a succédé le despotisme d'un Comité central, émanation, non du peuple, ni même de la seule classe ouvrière, mais de l'appareil bureaucratique du Parti.

 

Mais, en fait, cette dictature est une impossibilité en ce qu'une telle domination ne peut s'exercer collectivement, mais à travers un certain nombre d'individus, les fonctionnaires du Parti, qui, nécessairement et inévitablement, se constituent en une nouvelle classe exploiteuse et dominatrice -selon le processus décrit par Marx lui-même.

La dictature du prolétariat, ou, du moins, la réalité que dissimule cette illusion, est donc la négation du projet révolutionnaire. Une révolution qui n'a pour objet l'abolition immédiate des classes est une duperie à laquelle tout révolutionnaire conscient doit refuser son concours. Reste que, au lendemain d'une révolution victorieuse, les membres de l'ex-classe exploiteuse accepter ou refuser le nouvel ordre social.

 

Pour ceux qui l'accepteront, aucun problème -ni aucune discrimination : il s'intégreront à la société nouvelle en qualité de citoyens à part entière. Quant aux autres,à ceux qui refuseront, je ne pense pas que la suppression physique soit la meilleure solution. La machine à couper les têtes et les coups de révolver dans la nuque ont donné des résultats contraires à ceux recherchés : les révolutions française et russe sont là pour en témoigner. La première a sécrété Bonaparte, la seconde Staline. D'autant plus qu'au massacre des ennemis de la révolution succède très vite le massacre des révolutionnaires par et entre eux-mêmes. Le succès même de la révolution lui commande donc de refuser le bain de sang : la solution raisonnable – et la seule efficace autant qu'humaniste- consistera à offrir aux membres de la classe dirigeante déchue le choix entre l'intégration volontaire ou l'exil- étant entendu bien sûr, que ceux qui choisiront cette seconde solution pourront emporter leur « patrie » à la semelle de leur chaussure, mais non pas leur comte en banque, ni leur fortune.

 

Ces perspectives d'avenir d'une révolution sociale qui devra se différencier radicalement des révolutions politiques, implique que, dans l'immédiat la propagande ne sorte pas de son cadre spécifiquement anarchiste. Il n'est certes pas question de s'enfermer dans une tour d'ivoire : nous devrons au contraire être présent sur tous les fronts de la lutte sociale. Mais l'organisation devra refuser toute compromission idéologique, ainsi que tout « compagnonnage » avec d'autres organisations révolutionnaires, dont les objectifs sont de réaliser une révolution autoritaire, négation de celle que nous préconisons.

 

Une fois de plus, je le répète, notre but ne doit pas être de faire n'importe quelle révolution -une de plus- au profit d'une nouvelle caste exploiteuse, mais de promouvoir une révolution libératrice d'un type nouveau.

 

Dans cette perspective, toute alliance durable avec des partis politiques doit être exclue : seules pourront se réaliser des unités d'action de durée limitée sur des objectifs précis. Par ailleurs nous devons refuser aussi bien de nous engager sur la voie du réformisme que sur celle d'une provocation systématique, qui rejetterait le mouvement dans la pratique d'un activisme désordonné, dont le seul résultat serait de faire le jeu de la réaction, fasciste ou marxiste.

 

Ne pratiquer ni le réformisme, ni l'activisme, mais se livrer, jour après jour, à une propagande active et constructive, voilà à quoi doivent tendre nos efforts. C'est une voie étroite et difficile, mais la seule qui nous permettra de conserver notre spécificité anarchiste et de travailler à promouvoir une révolution réellement libératrice.

 

Voici quelques réflexions destinées à préparer l'élaboration d'un Manifeste Anarchiste-Révolutionnaire. Mais ce ne sont là que quelques vues générales qu'il appartiendra aux camarades de préciser et de compléter.

 

 

(numérisation du texte : SP)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :