D'où viennent les militant-e-s?

Publié le par la-critique-libertaire.over-blog.com

Le mouvement anarchiste n'est pas un être fantomatique, c'est avant tout un ensemble d'individu-e-s. Après la critique de son inertie globale, il faut passer à la critique de ses militant-e-s.

 

D'où viennent les anarchistes?

 

Les anarchistes sont généralement issus d'un certain type de milieu. Pour faire un raccourci, une bonne partie (la moitié?) des militants sont issus de familles de la classe moyenne de gauche, ayant un passé militant. Je ne chercherais pas outre mesure à prouver ce fait par des statistiques, tout militant peut le voir s'il porte un regard un tant soi peu objectif sur ses co-militants. Ce constat est particulièrement vrai pour les jeunes générations, le mouvement se gentrifiant à vue d'oeil ces dernières années.

Pourquoi un tel recrutement « naturel »? Tout simplement parce qu'il est plus facile de mettre des mots sur sa révolte quand on est issu de classes relativement aisées et qu'il est plus facile d'y mettre un fond politique quand on est issu d'un milieu de gauche.

On me rétorquera que le mouvement libertaire n'est pas le seul à subir cette gentrification, toute la gauche est touchée, même si c'est à un degré moindre que chez les anarchistes. Mais cela ne doit pas nous dédouaner pour autant. Bien au contraire, ceux qui apporterons les premiers des réponses satisfaisantes à ce problème auront, ainsi que leurs idées, une longueur d'avance.

 

 

Cette tendance à recruter spontanément vers les classes engagées et/ou favorisées culturellement ne va pas sans poser problème.

Premièrement, ceux qui découvrent l'anarchisme par la culture sont fondamentalement attiré par la culture et disposés à voir l'anarchisme comme tel et non comme une idéologie de transformation sociale. Ceux-ci pourront vivre toute leur vie dans le milieu libertaire sans jamais militer, en consommant de la culture libertaire (livres, conférences, débats....) et en prenant celle-ci pour identité et non comme un but collectif à atteindre. Ce sont des dilettantes, des esthètes libertaires qui véhiculeront, s'ils militent, à l'occasion, une vision fantasmée et merveilleuse de l'idée libertaire.

Deuxièmement, ceux qui découvrent l'anarchisme par le militantisme de leur parents ancrés à gauche possèdent déjà la culture militante à la base puis au contact du milieu, y ajoutent la culture libertaire. Le problème que posent ces militants de « deuxième voire troisième génération » est qu'ils ont l'aisance et le capital culturel, quand ce n'est pas le capital financier, des classes supérieures qu'ils combattent pourtant et finissent naturellement par devenir des militants professionnels, ayant les réseaux, la culture et de façon innée les codes de ce milieu militant. Ils en viennent à former une véritable oligarchie militante où l'engagement fait partie de la culture familiale et où prendre des responsabilités politiques est naturel. Et sont donc souvent amenés à reproduire sans le vouloir la domination de la société dans le microcosme militant.

Troisièmement, plus on découvre l'anarchisme jeune plus l'on est susceptible de l'intégrer comme une part intégrante de notre culture personnelle. Le problème est que l'on a rarement un regard critique sur sa propre culture, car cela reviendrait à remettre en cause les fondements sur lesquels l'individu s'est construit, ce qui ferait branler tout l'édifice psychologique. Les personnes ayant découvert l'anarchisme jeune ont tendance à avoir une vision figée de cet anarchisme, à le garder tel qu'ils l'ont découvert dans leur jeunesse, avec tous les stéréotypes romantiques et révoltés qui vont avec. Et avec tout le décalage que cet anarchisme peut avoir avec un projet de société viable.

Quatrièmement, inconsciemment chacun a tendance à reproduire les habitudes de son propre milieu. C'est-à-dire que les militants issus de la classe moyenne militeront spontanément vers la classe moyenne, en ayant des aspirations de classe moyenne, en ayant un langage de classe moyenne, en ayant une grille de lecture du monde de classe moyenne, etc... C'est encore plus problématique quand il s'agit de militants issus de familles militantes, qui useront naturellement de concepts, de références propre à ce milieu, rendant leur discours hermétique au monde extérieur.

 

Inévitablement, tous ces facteurs conjugués ont tendance à être explosifs.

Ce qui explique qu'aujourd'hui le mouvement libertaire est dominé par des gens ayant un héritage familial militant, de gauche, de classe moyenne.

Malheureusement ce cocktail fait que les anarchistes sont coupés des classes les plus populaires, à qui ils ne savent pas parler, auxquelles ils ne comprennent pas grand-chose. D'où peut-être aussi la production impressionnante d'ouvrages anarcho-centrés (biographie de tel artiste ou militant, réflexion anarchiste sur tel sujet dérisoire,...) et le peu d'ouvrages de vulgarisation visant à expliquer l'anarchisme en termes simples et pédagogiques.

 

SP

 

Texte suivant : sur nos pratiques (en ligne ... bientôt. Disons, la semaine prochaine. La réforme des retraites m'a fait prendre un peu de retard dans l'organisation de mes textes. Pour être tenu au courant des publications, vous pouvez vous inscrire à la newsletter.)

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